édition

Publication Revue A​​

 

-Septembre 2019-

Extrait 

Leur marche

 

J’irai jusqu’au bout de leur marche, afin de réfugier chacune de leurs peaux. 

 

Si jamais il leur en reste.

 

J’avance dans leurs regards, dans leurs départs. 

Je vois ces vies trop avalées d’avoir faim. 

Je n’ai jamais traversé les sommets de l’exil mais ce sont pourtant les mots de ces hommes et de ces femmes qui sortent de ma bouche. 

 

Ce n’est pas moi qui parle, c’est leur peine qui pleure et ravage.

 

Un jour, les tigres se sont tus en eux, sous la lune des hauts plateaux. C’est cela que j’ai entendu.

 

Le temps épais enfle et enfile leurs prières cousues de sang, sur la terre qui les a vus naître. 

Leurs lignées avancent désormais dans le jour noir.

 

Les tigres se sont tus. 

Ils ont continué un temps à ouvrir leur bouche mais on ne voyait que le vide dans leur gorge. 

Seuls quelques racines chantaient encore leurs origines exsangues.

A présent, la terre ne les porte plus. Elle n’entend même plus leurs pas, tant ils sont devenus légers.

 

C’est le bord de leur dernier silence qui a fondé mon cri, 

Un cri de mots, de cornes rouges et de ventre,

 

Leurs regards s’effacent dans le vent qui les fouette,

Leurs mots disparaissent sans bruit, étouffés par l’aube même,

Leur mémoire se disperse sur les routes. Les buissons épars ont fini de les retenir. 

 

Je continuerai à recueillir leur langue, leur ultime traversée.

 

J’irai jusqu’au bout de leur marche en espérant qu’elle ne soit plus l’écho de leurs mots brisés.

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Publication Mauvaises Herbes

Artistes et associés

Août 2020

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Une femme est allongée là depuis longtemps. 

Elle attend dans le silence de ce qui n’a pas de limite.

 

Elle est arrivée vide, 

Champ de bitume étreint par la fatigue et les cœurs rêches.

 

Recroquevillée,

Comme absente du jour, 

L’humidité la repousse. 

La terre s’échappe de ses mains.

 

Elle est venue avec tous ses restes. 

Et si jamais aucun d’eux ne repoussaient ?