© 2017 par Floriane Durey. Créé avec Wix.com

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Poèmes fondus 

Le poème fondu, qu'est-ce c'est ?


On ouvre un livre au hasard et on pioche dans les mots d'une double-page pour créer un nouveau poème.
Certain.e.s diront qu'on a le droit d'utiliser les mots une seule fois, que les adjectifs et verbes doivent être accordés et conjugués exactement comme dans le texte d'origine.
D'autres diront qu'on fait bien comme on veut/peut, car, comme pour chaque contrainte d'écriture, il s'agit bien d'abord d'écrire et de libre. Vous pouvez retrouver le texte-source chaque jour le texte source ici :


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Nous sommes de plus en plus nombreux à fondre ! Rejoignez-nous.

Poème fondu du 23 octobre, «L’Art et l’abeille, essai d’iconologie populaire », Claude Rivals p.30-31

 

J’ai une architecture entretenue,

Mais des troncs de doute,

J’encourage mes dérives,

Je dispose d’aujourd’hui d’ailleurs, 

De problèmes que les siècles n’ont pas consolés,

 

En attendant le simplement, mes diverses réalités ont un sens.

 

Poème fondu du 22 octobre, « N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures », Paola Pigani, p.30-31

 

Un jour qui remonte à la gorge,

A chaque tournant,

« Mets ta main devant ta bouche !

-Même si elle ne parle plus l’air ?

Se retenir,

Et le silence épais, à nouveau, craque dans la tête,

Ne plus bailler, ne plus rire, ne plus entendre ses os avaler, ne plus naître ? 

La cécité des mots tient au réel,

Son identité toujours écrite à celle des autres.

 

Poème fondu du 21 octobre, « Quand sort La recluse », Fred Vargas, P.244-245

 

Il connaît les morts,

Ce ne sont pas des coïncidences, comme on le croit, 

Ils sourient aux virages du monde, 

Quand les ans soudain cessent, 

Avec leurs têtes du dimanche et leurs chapeaux mal fixés,

Leurs lamelles de morts se mêlent aux recommencements à une vitesse merveilleuse,

Il ne faut pas trop consulter ses notes pour vivre.

 

Poème fondu du 20 octobre, « Faune et flore du dedans », Blandine Fauré, P.142-143

 

A la lisière de là où personne ne va,

Aux jours qui ont suivi l’ailleurs,

A l’attendu de sa naissance,

A l’appris du monde,

Nous-mêmes,

Dans un lieu à être, 

Dans une étreinte juste,

Dans une harmonie sans défilé,

Installés dans la main immense du vivant.

 

Poème fondu du 19 octobre, « Les prénoms épicènes », d’Amélie Nothomb, pp.74-75.

 

Se tromper dans la bouche, dans le temps et le devoir,

Périmètre éprouvé de noir, 

Les peurs ne se libèrent pas des premières fois,

Elles triomphent des presque,

Et emballent les larmes avec soin,

Bafouillent notre vie à travers l’enfin de nos attentes.

 

 

Poème fondu du 18 octobre, « L’arbre à poèmes», Abdellatif Laâbi.

 

Un peu comme debout,

Je me précède d’existence,

Je suis comme je dois m’y prendre,

Et parle la langue de mes rêves,

Je joue dans l’ombre de ma timidité sans gêne,

Mon inconsistance aux phalanges jalouses disparaît,

L’odeur de se lever est particulière.

 

Poème fondu du 17 octobre, « L’homme qui penche », Thierry Metz, p. 24-25

L’homme arrive à l’envers du passage,

Dans la demeure du fatal,

Il est seul à n’importe quelle heure,

Il reste ailleurs, derrière le déplacement, 

Ou il se cueille entre les précautions des oiseaux et les feuilles des étoiles.

 

Poème fondu du 16 octobre, «Rosa Candida », Audur Ava ólafsdóttir, p. 200-201

 

A tout bout 

de 

Soi,

Au milieu

D’une

Aile perdue,

Au bord

De

Son vivant,

Au commencement

De 

L’air raccourci,

Je proviens.

 

Poème fondu du 15 octobre, «L’homme qui aimait les îles », David H. Laurence, p.30-31

Agir les heures exsangues de souffle,

Mettre en marche les jours antiques,

Douter sincèrement, 

Veiller à ce que l’homme et la femme aiment le petit monde qui existera dans la trace bienveillante de l’autre, consciencieusement.

Seuls les charpentiers sans peur engendrent le désir de la forme d’après.

 

Poème fondu du 14 octobre, « La solitude des nombres premiers », Paolo Giordano, p.160-161

 

Une nouvelle fois traverser les hasards,

Endormir quelques secondes ses paupières salines,

S’installer dans le bruissement des creux,

Pencher vers la folie,

Comme le jour qui se tend dans la fin des heures.

 

Poème fondu du 13 octobre « Je t’emmènerai danser chez Lavorel », Dominique Fabre

 

Je me demande

Toi, Moi,

Valse, tango,

Rêves de chapiteau,

Deux, trois loupiotes contre le cœur, 

Cependant, 

Je me demande,

Toi, Moi 

Sans se soucier des pas de danse,

Des yeux qui regardent, voient,

Vrais,

Nous aurions dû nous asseoir avec eux,

Je me demande, 

Moi, toi,

Et ce que pensent nos prochains pas.

Poème fondu du 12 octobre « Bazaar » de Julien Cabocel, p.138-139

 

J’ai perdu une couche de mon épiderme à peine visible mais dont je n’oublie rien du tout,

Une peau-voix qui a parcouru pour comprendre, qui a vu le soleil se lever et son effondrement,

Une peau froissée dans le temps et dans l’oubli,

Une peau qui a eu le courage de n’être plus ni son ombre, ni celle des autres,

Une peau qui s’agite dans les « Êtes-vous sûres ? », d’une brise plus légère et plus nette,

Une peau vieille de tout changer, forte de s’avouer, 

Une peau qui a vécu de bras et d’amour aussi.

 

Poème fondu du 11 octobre « L’espace du dedans », Henri Michaux

 

Il a la gueule ravagée par le ruissellement souverain de la peur,

Accablé d’un intérieur en dehors

Vaincu de tout, sans réserve,

Il est mouvementé d’infinies,

D’infinies vérités combattent son immense débraille, 

Il s’assied entre,

Elles le transpercent par les bouts de ses « Il ne sait rien »,

Il ne connaît pas mais il rencontrera le bord de la vérité dans les écluses de lui-même.

 

 

Poème fondu du 10 octobre « Je me promets d’éclatantes revanches », Valentine Goby

Chaque être est rétracté de l'autre, 
Mais son manque goutte sans fin.

 

Poème fondu du 9 octobre « Le garçon sauvage », Paolo Gognetti, p.88-89

 

Je dépose ma tête agitée dans les heures sages,

Mon pelage fatigué dans la mousse interminable des roches,

Mon dos prudent de tout son poids au fond des souvenirs rassurants,

Mon seul, contre la face du temps,

Mon été dans la saison des autres.

 

 

Poème fondu du 8 octobre « Petits poèmes pour passer le temps », Pastorale des heures bleues et L’Art premier

 

Le matin tremble aux bords des heures, 

Les paupières du monde s’ouvrent sous le vent,

Que vienne l’imprévu,

L’entre-temps découvert de nos nuits,

Le poème écrit comme une main sur un cou nu, du ciel vers la terre,

De la terre vers le ciel.

 

Poème fondu 7 octobre 

 

Les femmes habitent le siècle, assises sur leurs hanches et leurs questionnements,

Elles arrivent à gestation, nées du ventre de l’humanité.

Leurs voix sont à l’estuaire,

Larguent l’ancre écrite de la mémoire,

Et existent, dentelles de chairs immaîtrisées, fibres verticales, dans le ciel électrique. 

 

 

Poème fondu du 6 octobre, « Illetré », Cécile Ladjali, p.90-91

 

Chacun vit dans l’illusion et s’échappe des cris suspendus qui insistent pour débarquer,
Seuls l’encre et le papier fument dans les mégaphones,
Et nos fautes s’étranglent en souriant, 
On s’accommode des décorations de nuit qui jettent dans les flaques les installés de l’illégalité,
Les chefs ne s’agitent pas plus d’un quart d’heure pour ces "activités extra-professionnelles", 
Ils n’entendent pas ses cris suspendus qui insistent pour débarquer, 
La cave en est pleine,
Et leurs yeux s’enterrent,
Les cris suspendus n’insisteront bientôt plus pour débarquer.

Nous pourrons tous agrémenter nos repas de Noël, de cèpes et de lièvre tué à la chasse le matin même,
Chacun de nos côtés, sans aborder aucun sujet qui fâche.

 

 

Poème fondu du 5 octobre, « Comme on respire » de Jeanne Benameur, p.22 et 23

 

La langue niche, creusée par d’autres, dans ma bouche,

Il suffit d’apprendre ceux qui vous parlent, ceux qui habitent les frontières, ceux qui soufflent un pays sur le pas de vos lèvres.

 

 

Poème fondu du 4 octobre « Stratégique», Gerry Johnson entre autres, chapitre 5

 

Comprendre l’influence des racines dans la dérive des tissus,

Dans les implicites indissociables des schémas,

L’important c’est la valeur de chaque histoire dans le cours du temps, 

C’est la source des pourquoi intimes.

 

Poème fondu du 3 octobre « Compresseur », Bernard Manciet, p.35-36

 

S’enflamme le silence de nos gorges,

Lorsque nos âges remontent le cœur comme une fermeture- éclair,

Déchemisent les nuits à coup de déchirure du temps,

Il pleut d’en dessous de nos ventres, dans les courants sonores de nos vides,

Accouchements sans fin d‘une lune,

Ouvrir le feu.

 

Poème fondu du 2 octobre, "La vraie vie » Adeline Dieudonné, p.92-93

 

Tu as avalé à petites gorgées le risque d’aller, 

Alors tu ne vas plus,

Empêché de ton cri,

Tu es descendu rejoindre l’air absent,

 

C’est le signal pour se réveiller,

Pour sauver son matin,

Commence à dire,

Les faiblesses font partie du plan.

 

 

 

Poème fondu du 1er octobre, "Voyage d'une parisienne à Lhassa", d'Alexandra David- Néel, pp.112-113

 

C’est loin d’attendre le lever du jour,

Longtemps avant d’arriver,

On se hâte trop,

Nous marchons sans fur et à mesure,

Et le silence n’est pas à son aise dans les toujours de pierres,

Nos pas ne dessinent aucun passage, 

Ils vaguent à la tombée, dans une solitude complète.

 

 

Poème fondu du 30 septembre. No et moi de Delphine de Vigean, pp.26-27

 

Il m’a dit que ça lui faisait peur, ce regard fragile, ces sourires sous la table au même endroit toujours, celui de l’impuissance à être, des traverses qui emmêlent, des hivers de nulle part.

Les yeux ne jouent pas à baisser le regard,
Ils préservent l’enfant des griffures des jours,

Il m’a dit que ça lui faisait peur, ce regard fragile, ouvert sur un fil qui ne serait jamais révélé,

Quelques secondes d’incroyable pourtant dans ce regard, ce fragile entre peu et peur.

 

 

Poème fondu du 29 septembre. La complainte de l'eau tiède. Journal le 1.

La poésie est le fidèle reflet des rêves clandestins,
Elle cartographie terriblement le chacun, les expressions féroces des identités perdues dans les générations confondues,
Elle unique, elle magique, elle entière, elle fou, elle métisse audacieux, elle hauteur, 
Mais, la poésie n'est pas confort,
Elle marie la langue à la vie et la vie se charge d'inventer les accidents.

 

Poème fondu 28 septembre, « La pensée Straight » de Monique Wittig P.56-57

 

Les femmes ne vont pas de soi.

Les hommes ne vont pas de soi.


Les marques vont beaucoup plus loin que ça,

Elles nous deviennent dans le temps,

Ils et elles ne veulent pas de point

 

Poème fondu du 27 septembre "Atemnot"(Souffle court), Marina Slakova, p.11,12,13,14,15

La langue germe par le dehors,
A grandes bouffées d'accidentel,
Elle tapisse de mots le goudron de son palais 
S'étoile de veines et de vagues, avant de parler.

 

Poème fondu 26 septembre, "Mort d'un cheval dans les bras de sa mère", Jane SAUTIÈRE, éditions Verticales, 2018. pp 62-63

 

La nuit démange, la vie démange, hormis le tranquille abrité,

Elle tient sa position dans l’univers,

Je pense à elle, infini détail infini, pommade de vie, bête minuscule au terme de l’inoubliable,

Elle est l’emblée fragile, le miracle de l’humain sans crainte, 

Elle est au bord de l’effectivement,

Elle va bientôt caresser le sol, 

Je passe ma main sur mon ventre, sur cette petite heure cachée au-delà,

Je m’abrite au bonheur annoncé.

 

Poème fondu 25 septembre, « La géographie absente», de Jeanne Benameur, pp. 

 

Les écoles appuient leurs fronts sur leurs grilles, dans l’obscur,

Elles se voient belles, mais sont de petits fonds de jardin silencieux et fragiles, 

Les voix n’y dansent plus,

Les contes sont depuis longtemps blottis dans les gouttes de pluie,

Les écoles sont petites depuis trop longtemps,

Plus jamais ne grandissent, 

Et pourtant le désir est dans l’air de nos petits oiseaux palpitants.

 

 

Poème fondu 24 septembre, « Iro Mo Ka Mo, la couleur et le parfum », d’Ito Naga, pp. 24-25

Je croyais que

Il me semblait que

J’avais cru comprendre,

Mais mon chant ne signifiait plus rien dans ces matins qui envahissaient mes heures.

Comme ces mots qui ne collent pas à l’idée,

Comme ces mains qui se mettent à faire un geste brusquement en fin d’après-midi,

Pourtant, c’est dans ce lieu, précisément à sa frontière, que j’ai saisi l’inattendu.

 

Poème fondu 23 septembre "Enfances" de Marie Desplechin et Claude Ponti, p.

Père
Perdre
Gifle de peine,
Descendre de sa place assise, 
Refuser
Puis courage inouï
Conduire le mouvement d'après, l'enfant d'après, trop jeune,
Le fragile se marie à l'oubli,
Systématiquement céder la place à l'à peine,
Toute petite
Toute toute petite
Même si grande,
Monter au bord de se lever.

 

Poème fondu 22 septembre « L’homme qui plantait des arbres », Jean Giono, pp.16 et 17

 

Le vent était fendillé,

La société était fendillée,

Également la paix,

Il me disait que c’était l’effet des vices sans repos, du soin qu’ils mettent à insister,

Lui, fumait le bon des lendemains de jour,

Il mêlait les fruits de notre conversation à la vertu naturelle,

Il déversa soigneusement, l’un après l’autre, toute la peur et la folie dans un petit sac,

Il compta jusqu’à dix, puis partit.

 

Poème fondu 21 septembre "Roger Durey", de Roger Durey , p.98, 99

 

Nous vivons, par conséquent, nous continuons, 

 

Bientôt, nous nous rattacherons au monde,

Car les chemins d’Idées et les chemins d’Arts guident les esprits sans couleur, vieux de préjugés,

Car voir permet de continuer,

Car les cœurs perdus peignent l’histoire,

Nous écrirons nos liens dans le différent à y répandre le vivre,

Nous avons trop blessé, trop désiré faire œuvre,

Nos cœurs sont là, annonçant leur entrée. 

Bientôt l’homme se rattachera au monde.

 

Poème fondu 20 septembre "La vie devant soi", d'Emile Ajar, p.98, 99

 

Tellement de faire, les yeux fermés quand on vit,

De raison automatique, 

Vous êtes vous-mêmes ? 

Là ? J'ai failli...

 

Elle n'a plus rien dit,

Puis son rêve m'a parlé dans la nuit,

Il battait plus fort que crever,

Elle avait failli sonner à elle-même,

Mais elle marchait derrière le temps,

En courant, l'avenir lui est arrivé gentiment dans la gueule,

Et a ouvert la porte du moment,


 

Elle a fermé les yeux brusquement dans sa tête de comprendre, sa tête de coeur, sa tête de tôt ou tard des fois, sa tête de c'est par là.

 

Elle était là pour comprendre.

 

Poème fondu du 19 septembre 2018. « les vivants et les morts » de Thomas Tranströmer, p. 258-259

Chacun s’écaille d’illisible,

Chacun est un dédale en mouvement, 

Chacun saigne presque heureux,

Chacun est nombreux,

Chacun aube sa vie,

Chacun s’unit des deux mains, 

Chacun bruisse d’avoir le temps,

Chacun avance, de ce qu’il ignore, à l’écriture, 

Chacun n’est qu’un pas vers son bord, 

Chacun vente gris,

Chacun avance son souffle de la naissance à l’embarquement.

 

Poème fondu du 18 septembre 2018. «La poésie sauvera le monde » de Jean-Pierre Siméon, p. 110-111

Un arrêt,

Une fureur,

Nous, 

Restes de nous,

L’homme est à contre- temps du courage de la langue, 

Il la renverse d’abandon,

Il se paradoxe d’elle, la vit morte,

S’accommode de l’immobilité ininterrompue de la parole.

Fin ?

Refus

Fin

Refus ? 

Fin 

Refus ! 

Résistance ! 

 

Poème fondu du 15 septembre 2018. « Une longue impatience » de Gaëlle Josse

 

L’habitude se plaint, 

Vies et vides,

Son parfum est façonné de sec et d’étroit,

Elle gémit à l’ombre de nos pas, de nos pas grand-chose,

Nous happe et nous absence,

Pressons le pas des résistances,

Marchons dans les parfums des âmes et des chemins, traversés de lune et de Landes.

Approchons-nous de notre histoire infinie.

 

Poème fondu du 14 septembre 2018. « Nous avons toujours vécu au château », p.74 et 75, Shirley Jackson

 

Ralentir dans,

Ce matin-là,

Dire que croire,

Entendre les morts

Et accepter leur pouvoir,

Tous,

Entortiller le fil de soi dans ses remparts petits,

Et se jeter habillée dans la rivière du souvenir,

Planter le sol de quand on était enfant,

Et couper ce qui relie tendu, 

Réveiller ce besoin d’avenir,

Au moins constamment, 

S’entendre s’appeler ce matin-là,

Dire que croire, c’est être.

 

 

Poème fondu du 13 septembre 2018. Zoopolis, de Sue Donaldson et Will Kymlicka

En raison de l’essentiel, 

La langue, 

Au sein du sauvage et de l’appartenance,

En raison du seul,

Au sein de la langue, 

Jouer de nos frontières blessées, 

Nécessairement.

 

Poème fondu du 12 septembre 2018. BLEU DE TRAVAIL de Thomas Vinau, Editions La fosse aux ours

Hurlements des bois et de l'air autour de nous,
La nuit larve ses morsures,
Nous sommes de petites flammes dans l'énergie noire et sale,
L'oxygène goutte en dégringolades,
Encore demain ? 
Déjà trop tard ? 
Nos traces ne sont-elles pas déjà cendres ?

 

Poème fondu du 11 septembre "Tout un monde" d'Azad Ziya Eren, p.16 et 19

Ne demande pas à ma bouche de verser à tes pieds ta frénésie de vivre,
La solitude s'accroche à l'amour dans le vertige des aubes,
Et elle pleure nos vers au creux de nos peaux, 
Elle ne demande pas pourquoi,
Elle a mal du naître au vivre.

 

Poème fondu du 10 septembre, "La haute folie des mers" de Vincent Calvet, aux éditions Cheyne, p.14 et 15.

Je viens lente et déliée arpenter la plaie commune,
Son regard bat le ciel de ses fers,
Vainement, je dérive sur ses lignes incendiées, 
Son matin s'étage de toits fêlés et de chimères devenues réelles,
Je vois les peaux errer et les yeux chanceler devant les adieux aux blés et aux espaces de pensée.

 


Poème fondu du 9 septembre "Je, d'un accident ou d'amour",de Loïc Demey, p.13 et 14.

Je me rien,
Je me probable,
Je m'invention,
Mes pas dans la lumière de mon hier,
Mes paroles de voiliers,
Derrière l'oreille, une musique 
Seulement,
Ici même,
Encore,
Acceptation de mes cheveux châtains et de mes mèches de spontanément, 
Et le soir, sur une chaise verte, 
Mon regard roulé dans la force.

 

Poème fondu du 8 septembre "L’incroyable et triste histoire de la candide Erendira et sa grand-mère diabolique", de Gabriel Garçia Marquez

 

Incompréhensible tempête de lendemain,

La dignité s’effiloche, dépourvue

Les anges fugitifs cessent de surveiller,

L’âme est désormais naufragée,

Dans un dialecte incompréhensible de survivant, 

Petite, âgée, flanquée par terre,

Sa bouche est enlisée dans son crâne, 

Ses ailes sont sans voix.

 

Poème fondu du 7 septembre "Rouilles" de Françoise Louise Demorgny, p. 50 et 51

 

Pas de frontière pour les racines en pointillés, 
Pourtant un ciel, 
Un milieu,
Pourtant les preuves d'une force, même adossée au mur, 
Le sens rouille à la vie parfois,
Et les nuits étoilées s'oxydent, 
Il faut habiter les racines, leur donner des yeux de ciel, qui voient des deux côtés.

 

Poème fondu du 6 septembre "L'homme rapaillé", de Gaston Miron, p.45, 50 et 51

 

Dans le cri de la chair, les mots 

Me traversent,

Chacun éclate dans mes paupières braises, 

Court dans le feu de ma tête, et dans l'obscur nord de mes parois,

Chacune de mes larmes rêve d'une tête à trois mats,

D’un cœur d’oiseau, 

D’un endroit d’eau et de pluie longue. 

 

Poème fondu du 5 septembre "Il y a un fleuve", de Jeanne Benameur, Editions Bruno Doucey, p. 9, 10 et 11

 

Le regard de l'homme court et les pierres sèchent sur ses pas,
L'intérieur colle,
L'homme coule,
Quand commence sa naissance ? 
Quand son regard marchera-t-il son horizon ? 
Quand posera-t-il le souffle de l'avant sur l'aller plus loin encore ?
Quand plantera-t-il de veines, de boue, de sang et de fleuve sa terre retournée ?
Il a tenu pour aller où ?

 

Poème fondu 4 septembre, "Si je suis de ce monde" d'Albane Gellé, p.30 à 33

 

Mains debout la terre en place déborder
Ventre disparu dans les vagues
Tenir seule tribord, mère bâbord, horizon à bras solides
Pieds posés sur les catastrophes à faire tomber l'air 

Consolée la tête, nuages à faire courir les éclaircies
Courant fleuve, jambes en place debout la terre déborder


Poème fondu 3 septembre, Ghérasim Luca, « Héros Limite », pp. 68,69

 

Nu le jour,
Nue la vie,
Nu l'espace de ton esprit,
Nu le centre,
Cède-toi,
Ne te cercle plus,
Ne te triangle plus,
Ne te quadrature pas davantage, 
La ligne ne cède plus au point.

 

Poème fondu 2 septembre « Le fruit des saisons », Sébastien Minaux, pp. 5 et 6

 

Très bas, 
Au chevet des songes, nos moindres matins,
Sur la brume des bords, les rides de lune, 
Nos pas s'ouvrent à la peine de l'autonome, 
Les strophes désormais incertaines jettent nos chants foulés par l'été,
La paix se saisira-t-elle de nos poitrines chargées, 
dans la lumière de ces moindres matins ?

 

Poème fondu 1er septembre "Le plancher de Jeannot", d'Ingrid Thobois, pp. 46,47

 

Le carré de ton désert par la fenêtre,
Ta parole et ton silence enterrés un jour qui refusait de se lever,
Comme derrière se tord et se rétrécit sur moi de tout son poids,
Et devant ne se tend pas encore à travers les draps du matin, 
La porte se déverrouille au fond des mots, des mémoires,
Une, deux, trois marches passées, rien n'arrête.
Le vivant redessine la nuit endormie.

 

Poème fondu 31 septembre "Les mots pauvres" de Christiane Veschambre pp.( 2 premières pages ou première page)

 

Tu t'es sentie muette de vivre sur les pulsations d'un temps sans nom,
Sans t'en rendre compte, tu avançais sur l'extinction de ta voix, 
Bouche entièrement absorbée par le pouvoir rythme, le pouvoir froid, le pouvoir serré,
Tu as un matin ouvert tes lèvres aux syllabes du vivre, dans une légèreté sans bruit,
Tu t'es étirée en prononçant ton nom de rien. 
C'était le tien, inscrit dans ta poitrine, ton sang et l'amour levé.

 

Poème fondu du 30 septembre "Le dehors ou la migration des truites" de Arno Bertina, pp 50-51

 

Découvrir hier un sourire strié de haut en large,
Ne plus deviner sa peau que dans la mémoire, 
Se construire fortification, entre deux angles imprenables,
Être pourtant à l'écoute fébrile du tout entier.
Mais ne s'y initier à aucun moment,
Ne jamais parler de notre étoffe imperceptible, de notre architecture hors de l'enceinte,

Pour pouvoir un jour, il faudra arracher le lierre de nos bouches et de vos yeux.

 

Poème fondu du 29 septembre, "Cherchez la femme", d'Alice Ferney, chapitre 1-Fils de Nina 

 

Un homme captif de son sang, de son prénom, de son union, 
Captif à la source,
Brutalité de ce résumé,
L'effroi appartient à notre génération, 
Chair inavouée à vif,
La pensée sans gêne est un idéal à chérir,
Fils et filles de promesses,
Fils et filles sans garantie,
L'accordéon s'agite,
Mais nos étraves sont nues.

 

Poème fondu 28 septembre de "Boucles d'oreilles, ventres et solitude" de DOINA IOANID, chez Cheyne.

 

Il est temps de s'extraire au-delà de tout ; de l'attente encadrée, des illusions qui semblent les matins puis abandonnent nos nuits, des corps nuageux, de la poussière des utopies, des vitres contre lesquelles on se heurte, de nos dix-huit ans, des années écrasées pour de bon, des boucles d'angoisse pendues au sens, des murs oubliés.

N'abandonne pas l'âge du révolté !
Il reste encore tant à faire.
Porte longtemps des fleurs d'été dans l'âge du révolté.


Poème fondu du 27 septembre "Zakuro" de Aki Shimazaki, pp. 54-55

 

Je ressemble au sentiment d'être perdu,
En marchant dans mon nom, je me rappelle un instant ce moi passé à l'entrée de l'âge,
Je demeure dans le temps où je suis, au bout d'un regard que je ne trouve pas,
Je fréquente une maison à court de mondes, 
Dans le parallèle des maintenants,

Puis, dans le cri bleu d'une matinée, j'entre pleinement dans une maison de sens à l'entrée de ciel.

Poème fondu 26 septembre, "Mort d'un cheval dans les bras de sa mère", Jane SAUTIÈRE, éditions Verticales, 2018. pp 62-63

 

La nuit démange, la vie démange, hormis le tranquille abrité,

Elle tient sa position dans l’univers,

Je pense à elle, infini détail infini, pommade de vie, bête minuscule au terme de l’inoubliable,

Elle est l’emblée fragile, le miracle de l’humain sans crainte, 

Elle est au bord de l’effectivement,

Elle va bientôt caresser le sol, 

Je passe ma main sur mon ventre, sur cette petite heure cachée au-delà,

Je m’abrite au bonheur annoncé.

 

Poème fondu 25 septembre, « La géographie absente», de Jeanne Benameur, Editions Bruno Doucey 2018 pp. 33-35

 

L'Ecole appuie son front sur sa grille, fragile dans l'obscur, 
Elle se voit belle, mais n'est plus qu'un fond de jardin silencieux, 
Les voix n’y dansent plus,
Les contes sont blottis dans les gouttes de pluie,
L'Ecole est petite depuis trop longtemps,
Et pourtant le désir est dans l’air de nos petits oiseaux palpitants.

 

 

Poème fondu 24 septembre, « Iro Mo Ka Mo, la couleur et le parfum », d’Ito Naga, Editions Cheyne, pp. 24-25

Je croyais que

Il me semblait que

J’avais cru comprendre,

Mais mon chant ne signifiait plus rien dans ces matins qui envahissaient mes heures.

Comme ces mots qui ne collent pas à l’idée,

Comme ces mains qui se mettent à faire un geste brusquement en fin d’après-midi,

Pourtant, c’est dans ce lieu, précisément à sa frontière, que j’ai saisi l’inattendu.

 

Poème fondu 23 septembre "Enfances" de Marie Desplechin et Claude Ponti, p.

Père
Perdre
Gifle de peine,
Descendre de sa place assise, 
Refuser
Puis courage inouï
Conduire le mouvement d'après, l'enfant d'après, trop jeune,
Le fragile se marie à l'oubli,
Systématiquement céder la place à l'à peine,
Toute petite
Toute toute petite
Même si grande,
Monter au bord de se lever.

 

Poème fondu 22 septembre « L’homme qui plantait des arbres », Jean Giono, pp.16 et 17

 

Le vent était fendillé,

La société était fendillée,

Également la paix,

Il me disait que c’était l’effet des vices sans repos, du soin qu’ils mettent à insister,

Lui, fumait le bon des lendemains de jour,

Il mêlait les fruits de notre conversation à la vertu naturelle,

Il déversa soigneusement, l’un après l’autre, toute la peur et la folie dans un petit sac,

Il compta jusqu’à dix, puis partit.

 

Poème fondu 21 septembre "Roger Durey", de Roger Durey , p.98, 99

 

Nous vivons, par conséquent, nous continuons, 

 

Bientôt, nous nous rattacherons au monde,

Car les chemins d’Idées et les chemins d’Arts guident les esprits sans couleur, vieux de préjugés,

Car voir permet de continuer,

Car les cœurs perdus peignent l’histoire,

Nous écrirons nos liens dans le différent à y répandre le vivre,

Nous avons trop blessé, trop désiré faire œuvre,

Nos cœurs sont là, annonçant leur entrée. 

Bientôt l’homme se rattachera au monde.

 

Poème fondu 20 septembre "La vie devant soi", d'Emile Ajar, p.98, 99

 

Tellement de faire, les yeux fermés quand on vit,

De raison automatique, 

Vous êtes vous-mêmes ? 

Là ? J'ai failli...

 

Elle n'a plus rien dit,

Puis son rêve m'a parlé dans la nuit,

Il battait plus fort que crever,

Elle avait failli sonner à elle-même,

Mais elle marchait derrière le temps,

En courant, l'avenir lui est arrivé gentiment dans la gueule,

Et a ouvert la porte du moment,


 

Elle a fermé les yeux brusquement dans sa tête de comprendre, sa tête de coeur, sa tête de tôt ou tard des fois, sa tête de c'est par là.

 

Elle était là pour comprendre.

 

Poème fondu du 19 septembre 2018. « les vivants et les morts » de Thomas Tranströmer, p. 258-259

 

Chacun s’écaille d’illisible,

Chacun est un dédale en mouvement, 

Chacun saigne presque heureux,

Chacun est nombreux,

Chacun aube sa vie,

Chacun s’unit des deux mains, 

Chacun bruisse d’avoir le temps,

Chacun avance, de ce qu’il ignore, à l’écriture, 

Chacun n’est qu’un pas vers son bord, 

Chacun vente gris,

Chacun avance son souffle de la naissance à l’embarquement.

 

Poème fondu du 18 septembre 2018. «La poésie sauvera le monde » de Jean-Pierre Siméon, p. 110-111

Un arrêt,

Une fureur,

Nous, 

Restes de nous,

L’homme est à contre- temps du courage de la langue, 

Il la renverse d’abandon,

Il se paradoxe d’elle, la vit morte,

S’accommode de l’immobilité ininterrompue de la parole.

Fin ?

Refus

Fin

Refus ? 

Fin 

Refus ! 

Résistance ! 

 

Poème fondu du 15 septembre 2018. « Une longue impatience » de Gaëlle Josse.

 

L’habitude se plaint, 

Vies et vides,

Son parfum est façonné de sec et d’étroit,

Elle gémit à l’ombre de nos pas, de nos pas grand-chose,

Nous happe et nous absence,

Pressons le pas des résistances,

Marchons dans les parfums des âmes et des chemins, traversés de lune et de Landes.

Approchons-nous de notre histoire infinie.

 

Poème fondu du 14 septembre 2018. « Nous avons toujours vécu au château », p.74 et 75, Shirley Jackson

 

Ralentir dans,

Ce matin-là,

Dire que croire,

Entendre les morts

Et accepter leur pouvoir,

Tous,

Entortiller le fil de soi dans ses remparts petits,

Et se jeter habillée dans la rivière du souvenir,

Planter le sol de quand on était enfant,

Et couper ce qui relie tendu, 

Réveiller ce besoin d’avenir,

Au moins constamment, 

S’entendre s’appeler ce matin-là,

Dire que croire, c’est être.

 

 

Poème fondu du 13 septembre 2018. Zoopolis, de Sue Donaldson et Will Kymlicka

En raison de l’essentiel, 

La langue, 

Au sein du sauvage et de l’appartenance, 

En raison du seul,

Au sein de la langue, 

Jouer de nos frontières blessées, 

Nécessairement.

 

Poème fondu du 12 septembre 2018. BLEU DE TRAVAIL de Thomas Vinau, Editions La fosse aux ours.

Hurlements des bois et de l'air autour de nous,
La nuit larve ses morsures,
Nous sommes de petites flammes dans l'énergie noire et sale,
L'oxygène goutte en dégringolades,
Encore demain ? 
Déjà trop tard ? 
Nos traces ne sont-elles pas déjà cendres ?

 

Poème fondu du 11 septembre "Tout un monde" d'Azad Ziya Eren, p.16 et 19

Ne demande pas à ma bouche de verser à tes pieds ta frénésie de vivre,
La solitude s'accroche à l'amour dans le vertige des aubes,
Et elle pleure nos vers au creux de nos peaux, 
Elle ne demande pas pourquoi,
Elle a mal du naître au vivre.

 

Poème fondu du 10 septembre, "La haute folie des mers" de Vincent Calvet, aux éditions Cheyne, p.14 et 15.

Je viens lente et déliée arpenter la plaie commune,
Son regard bat le ciel de ses fers,
Vainement, je dérive sur ses lignes incendiées, 
Son matin s'étage de toits fêlés et de chimères devenues réelles,
Je vois les peaux errer et les yeux chanceler devant les adieux aux blés et aux espaces de pensée.

 


Poème fondu du 9 septembre "Je, d'un accident ou d'amour",de Loïc Demey, p.13 et 14.

Je me rien,
Je me probable,
Je m'invention,
Mes pas dans la lumière de mon hier,
Mes paroles de voiliers,
Derrière l'oreille, une musique 
Seulement,
Ici même,
Encore,
Acceptation de mes cheveux châtains et de mes mèches de spontanément, 
Et le soir, sur une chaise verte, 
Mon regard roulé dans la force.

 

Poème fondu du 8 septembre "L’incroyable et triste histoire de la candide Erendira et sa grand-mère diabolique", de Gabriel Garçia Marquez,

 

Incompréhensible tempête de lendemain,

La dignité s’effiloche, dépourvue

Les anges fugitifs cessent de surveiller,

L’âme est désormais naufragée,

Dans un dialecte incompréhensible de survivant, 

Petite, âgée, flanquée par terre,

Sa bouche est enlisée dans son crâne, 

Ses ailes sont sans voix.

 

Poème fondu du 7 septembre "Rouilles" de Françoise Louise Demorgny, p. 50 et 51

 

Pas de frontière pour les racines en pointillés, 
Pourtant un ciel, 
Un milieu,
Pourtant les preuves d'une force, même adossée au mur, 
Le sens rouille à la vie parfois,
Et les nuits étoilées s'oxydent, 
Il faut habiter les racines, leur donner des yeux de ciel, qui voient des deux côtés.

 

Poème fondu du 6 septembre "L'homme rapaillé", de Gaston Miron, p.45, 50 et 51

 

Dans le cri de la chair, les mots 

Me traversent,

Chacun éclate dans mes paupières braises, 

Court dans le feu de ma tête, et dans l'obscur nord de mes parois,

Chacune de mes larmes rêve d'une tête à trois mats,

D’un cœur d’oiseau, 

D’un endroit d’eau et de pluie longue. 

 

Poème fondu du 5 septembre "Il y a un fleuve", de Jeanne Benameur, Editions Bruno Doucey, p. 9, 10 et 11

 

Le regard de l'homme court et les pierres sèchent sur ses pas,
L'intérieur colle,
L'homme coule,
Quand commence sa naissance ? 
Quand son regard marchera-t-il son horizon ? 
Quand posera-t-il le souffle de l'avant sur l'aller plus loin encore ?
Quand plantera-t-il de veines, de boue, de sang et de fleuve sa terre retournée ?
Il a tenu pour aller où ?

 

Poème fondu 4 septembre, "Si je suis de ce monde" d'Albane Gellé, p.30 à 33

 

Mains debout la terre en place déborder
Ventre disparu dans les vagues
Tenir seule tribord, mère bâbord, horizon à bras solides
Pieds posés sur les catastrophes à faire tomber l'air 

Consolée la tête, nuages à faire courir les éclaircies
Courant fleuve, jambes en place debout la terre déborder


Poème fondu 3 septembre, Ghérasim Luca, « Héros Limite », pp. 68,69

 

Nu le jour,
Nue la vie,
Nu l'espace de ton esprit,
Nu le centre,
Cède-toi,
Ne te cercle plus,
Ne te triangle plus,
Ne te quadrature pas davantage, 
La ligne ne cède plus au point.

 

Poème fondu 2 septembre « Le fruit des saisons », Sébastien Minaux, pp. 5 et 6

 

Très bas, 
Au chevet des songes, nos moindres matins,
Sur la brume des bords, les rides de lune, 
Nos pas s'ouvrent à la peine de l'autonome, 
Les strophes désormais incertaines jettent nos chants foulés par l'été,
La paix se saisira-t-elle de nos poitrines chargées, 
dans la lumière de ces moindres matins ?

 

Poème fondu 1erseptembre "Le plancher de Jeannot", d'Ingrid Thobois, pp. 46,47

 

Le carré de ton désert par la fenêtre,
Ta parole et ton silence enterrés un jour qui refusait de se lever,
Comme derrière se tord et se rétrécit sur moi de tout son poids,
Et devant ne se tend pas encore à travers les draps du matin, 
La porte se déverrouille au fond des mots, des mémoires,
Une, deux, trois marches passées, rien n'arrête.
Le vivant redessine la nuit endormie.

 

Poème fondu 31 août "Les mots pauvres" de Christiane Veschambre pp.( 2 premières pages ou première page)

 

Tu t'es sentie muette de vivre sur les pulsations d'un temps sans nom,
Sans t'en rendre compte, tu avançais sur l'extinction de ta voix, 
Bouche entièrement absorbée par le pouvoir rythme, le pouvoir froid, le pouvoir serré,
Tu as un matin ouvert tes lèvres aux syllabes du vivre, dans une légèreté sans bruit,
Tu t'es étirée en prononçant ton nom de rien. 
C'était le tien, inscrit dans ta poitrine, ton sang et l'amour levé.

 

Poème fondu du 30 septembre "Le dehors ou la migration des truites" de Arno Bertina, pp 50-51

 

Découvrir hier un sourire strié de haut en large,
Ne plus deviner sa peau que dans la mémoire, 
Se construire fortification, entre deux angles imprenables,
Être pourtant à l'écoute fébrile du tout entier.
Mais ne s'y initier à aucun moment,
Ne jamais parler de notre étoffe imperceptible, de notre architecture hors de l'enceinte,

Pour pouvoir un jour, il faudra arracher le lierre de nos bouches et de vos yeux.

 

Poème fondu du 29 septembre, "Cherchez la femme", d'Alice Ferney, chapitre 1-Fils de Nina :

 

Un homme captif de son sang, de son prénom, de son union, 
Captif à la source,
Brutalité de ce résumé,
L'effroi appartient à notre génération, 
Chair inavouée à vif,
La pensée sans gêne est un idéal à chérir,
Fils et filles de promesses,
Fils et filles sans garantie,
L'accordéon s'agite,
Mais nos étraves sont nues.

 

Poème fondu 28 septembre de "Boucles d'oreilles, ventres et solitude" de DOINA IOANID, chez Cheyne, pp.

 

Il est temps de s'extraire au-delà de tout ; de l'attente encadrée, des illusions qui semblent les matins puis abandonnent nos nuits, des corps nuageux, de la poussière des utopies, des vitres contre lesquelles on se heurte, de nos dix-huit ans, des années écrasées pour de bon, des boucles d'angoisse pendues au sens, des murs oubliés.

N'abandonne pas l'âge du révolté !
Il reste encore tant à faire.
Porte longtemps des fleurs d'été dans l'âge du révolté.


Poème fondu du 27 septembre "Zakuro" de Aki Shimazaki, pp. 54-55

 

Je ressemble au sentiment d'être perdu,
En marchant dans mon nom, je me rappelle un instant ce moi passé à l'entrée de l'âge,
Je demeure dans le temps où je suis, au bout d'un regard que je ne trouve pas,
Je fréquente une maison à court de mondes, 
Dans le parallèle des maintenants,

Puis, dans le cri bleu d'une matinée, j'entre pleinement dans une maison de sens à l'entrée de ciel.

 

Poème fondu 26 septembre "Pas revoir" de Valérie Rouzeau, pp. 122-123

J'avance tombée,
Toute seule, 
La peur a tout mangé,
Sur la route, je n'irai pas où,
Une vie sans lacet,
Ne chante pas,
Elle creuse les pluies d'enfant, 
Pas les pieds, pas non plus les mains dans l'été,
Comme si mon coeur avançait, fou, dans ces terres empilées d'hiver.

 

Poème fondu 25 septembre "Sur les chemins noirs" de Sylvain Tesson, pp.112-113

 

Devenir le sang du monde,
A l'aube de perdre
L'automne de ses habitudes,
Les pieds dans le vide, 
Sur le plateau du soir,
S'irriguer des jours paisibles, des jours de réponses, des jours de pensées et de pas,
Le souvenir est là entre la source et le chagrin,
Le loin est là entre deux cris d'amour.

 

 

Poème fondu du 24 août « La femme brouillon », Amandine Dhée, p.1 et 2

 

Ils ont perdu leurs cris,
Trop éprouvés par le conformisme,
Ils balbutient leur jour à l’heure du lamentable,
Pyrolysent leurs sentiments,
Leurs regards s’anonyment, 
Ils renoncent.

Lance secrètement le bonheur dans la vérité ! 
L’impossible existe vraiment,
Il faut dresser les matins de l’intime,
La chance plantera nos mains dans les départs.

 

Poème fondu du 23 août : WADIH SAADEH, "Le Texte de l’absence et autres poèmes"

 

Le désir sans tain, dans le désert de nos mains a hissé nos têtes jusqu'à leurs limites.
Chacun se noie dans sa nudité recousue.
Remuée par ma bouche, je danse, ivre d'une liberté dérobée à la mort.

 

Poème fondu 22 août "Le gang de la clef à molette"

Tu l'as dans ta poche, ta tempête, ton refuge, ton heure d'absolument, même le fou qui s'affaire à racler le maintenant.

Tu l'as dans ta chemise, le supplément d'air, le nœud qui pousse à l'écarlate, l'immense harmonica de tes fantasmes.

Tu l'as dans ta veste, le bras qui pilote les "il faut qu'on", les après-midis de camouflage, les flacons de "Vite, on rentre".

Tu l'as dans ton chapeau de paille, la fenêtre ouverte sur le coulis de pénombre, le on ne décolle pas, les kilos de général.

Tu l'as dans ton à peine, le natal frais et rouge, la place de chaque, le descendu du ciel.

Tu as tout depuis avant l'heure.

 

 

Poème fondu du 21 août "Indomptables sentiments", de Kate, Hewitt, p. 50-51

 

Elle se penche sur la nuit, les bras tendus,
Elle trébuche sur le froid,
Elle dévisage son regard aux environ de plus tard,
Le vertige l'espace un instant de la courbe,
Elle respire vers l'impénétrable, 
Battements de panique,
Crise des minutes,
Frissons de joues frêles parmi,
Parmi elle,
Céder,
Cesser, 
Ou murmurer le fond d'un air de retour ?

 

Poème fondu du 20 août "Indifférence » Joseph Colombo et Tony Murena / André Minvielle

 

La vie, ce sont les notes d’ici, enlacées à l’avant,

C’est le songe des hommes essoufflés,

C’est une mélodie épique de mots doux et de pas cassés, 

C’est le bout de l’air et des nuits libres,

C’est l’âme se baladant sur le blues,

C’est l’enfant sauvage qui s’étire et rit dans le temps.

 

Touche la vie de doux et de désir dit.

La vie, c’est devant.

 

Poème fondu 19 août, « Pari mélancolique et individuation », Julie Denouël et Fabien Granjon, programme du festival d’Uzeste.

 

Se départir des jours de certitude et d'évidences,
Rendre la mélancolie à un passé conscient,
Consister chacun, chacune,
Les "parce que" oscillent entre ambition et émancipation,
La foi fonde-t-elle la forme ou le projet ? 
L'attachement assigne le vivre,
Devenir son exprimé en improvisant ses fragilités défaites,
Chaque jour, le supplément de libre fonde.

 

Poème fondu du 18 août "Le nu perdu", René Char, pp. 62-63

 

Méfiez-vous des cœurs emballés, 

Ils remportent de vraies victoires,

Ils ne cessent de certitudes,

La sève se méfie d’eux,

L’espace s’hostile,

Nous avons besoin de mains libres pour devenir le front de la nuit.

 

Poème fondu du 17 août "Poésie", Rainer Maria Rilke, pp. 270-271

 

Du bois dans le vent,

Le cri inouï d’un sourire déchiré,

 

L’appât des jours défait les traits de l’aube,

Les fenêtres éclatent,

L’âme sans pied marche dans le soir,

Et le destin se coupe du temps noué, 

 

La tête soudain, 

Le regard à venir, 

Du vent dans les bois,

Le sourire inouï, loin du cri déchiré.

 

 

Poème fondu du 16 août "Les tartares" de Dino Buzatti, pp. 258-259


 

Tout finit lentement de tout.

Rien à dire,

Ta peau a moissonné la gloire mais ne s'est ni détachée des murs, ni des larmes,

Tranquillement la route,

Mais l'instant d'après seul,

Les remparts du temps s'allongent.

Ton ciel s'attarde dans les yeux du sol,

Visage brouillard,

Ne plus penser ridé,

Sinon tout finira lentement de tout.

 

 

 Poème fondu du 15 août "Assez parlé d'amour", d’Hervé Le Tellier, p.68-69

 

"Je n'ai pas faim du tout."
Le baiser s'écarte, vide. Il ne se justifie de rien.
A qui mentir d'ailleurs ? 
Son parfum d'aujourd'hui lui prend la main.
Ils rêvent quelques pas.
"Je n'ai pas été disponible ce soir.
Je recensais les fragments de manque.
J'ai pris quelques notes."
Sous le premier porche, il trouve ses lèvres.
Elles lui glissent un mot à l'oreille.
"Qui entraîne l'autre, du baiser ou des lèvres ? ".

 

Poème fondu du 14 août : La peau et les mots, Bernard Noël, p137-138 et 36

 

Où déjà ? 
Je cherche mon histoire sans cesse,
En ta mémoire, dans l'amour qui dissout, dans les riens de mes racines, dans mes vertèbres verticales, entre les signes, dans les éraflures de l'écriture, dans le vouloir cerner, dans l'ombre de la faim, dans ce qui demeure loin pour toujours.

Je cherche à digérer ce corps inachevé, qui fuit d'amour dans le maintenant.
Où est mon corps ?
Où est dehors ? 
Où est déjà ?
Où déjà ? 
loin à travers ?
Si proche.

La chair
floconne
à travers 
le serais-je.

 

 

Poème fondu du 13 août "Je t'aime tellement que", d’Anne Herbauts, p. ?

 

Tout est neuf,
Ciel de demain,

La pluie n'efface rien, 
Océan de mémoire,

On invente des traces capitales,
Horizon de visages,

On reconnaît les langues-paysages,
Ouverture à l'autre,

Tout,
Ciel,
Pluie
Océan,
On invente.

Horizon,
reconnaît
L'autre.

 

 

Poème fondu du 12 août, Cécile Coulon, Les ronces, pp.44-45

 

Rester quarante ans devant les décombres de sa voix,
Endurcie, radicale, 
Se laisser devenir vieillard dans un lit minuscule,
Porter des lunettes parce que la lumière fait mal,
Tenir le malheur tout entier d'un amour radical,
Manger les gens,
Puis apprendre qu'il faut laisser ce qu'on a tenu,
Grandir, ne plus appartenir, tomber, recommencer, raconter les marche-arrière, devenir d'un endroit, ne plus s'appartenir, 
Être voix.

 

Poème fondu du 11 août, "Quatre sœurs" de Malika Ferjoukh, pp. 

 

Il ruisselle de débuts et de comment entrer ailleurs. 

Elle lisse la pluie et dans cette heure du doucement le rejoint : " Prends le monde maintenant avec tes mains, ton visage et tes cheveux sur la figure,
Habite-le dans la nuit entrouverte,
Ne signe pas de pacte,
Ignore-tout,
Marche sur la terre humaine et le sens."

Ils se promènent dans le silence du moment. 

Elle fait un pas vers ses joues et verse quelques gouttes de secondes.

 

Poème fondu du 10 août,"Manikanetish » de Naomi Fontaine, pp. 92-93

Comment faire autrement que de remplacer les larmes intensément par le rire seulement ? 
Les absences devenues par les bras présence ? 
Le rien par les idées ? 
Les mots difficiles par le souffle ? 
La vie jouée par un "ensemble" réfléchi ?
Les "devoir" par l'ampleur ? 
La colère passée par le cœur d'aujourd'hui ? 
La journée par l'année ? 
La mère angoisse par la mère énergie ? 
Le résigné par le devenu ? 
La vie chavirée par l'écriture ?

 

Poème fondu 9 août "Poésie ininterrompue" de Paul Eluard, pp.9,10 et 11

Comme une femme rassemblée avec ses ailes verticales et boisées,
Ces ici de pluie et de soleil,
Qui dessine une réponse tout au creux de la bouche et de l'hiver,
Revenir à la vérité pour voir l'hier et les printemps pavés de debout,
De jour en jour, le temps épaissit, ravivé de vie,
Sommes-nous je ? Ou suis-je nous ? 
Sommes-nous suis-je ? Ou suis-je nous sommes ? 
Pas de limite au sommet des arbres sauvages,
La femme naît dans la forêt dénouée.
Elle est charnue d'amour pour le jour.

 

Poème fondu 8 août "Journal du corps"de Daniel Pennac, pp. 202-203

 

S'approcher de ses propres falaises,
Ça sent l'odeur de l'instant,
Plonger dans une nuit sans langue, au bord des autres,
L'ombre éprouve le miraculeux,
Enfin dévorer la phrase dans le vertige du matin,
Lécher les sourires jusqu'au fond, être repu du monde, ses lèvres.

 

Poème fondu 7 août "La nuit à l'envers, Ex-voto", de Xavier Durringer, pp.60-61

 

Les jours déclics comme ça, ça te fait te retrouver,
C'est la fin de l'à côté, du passé revenu, du jamais, 
Je me suis attendue tous les jours, 
Être là, tout près de sa respiration, de son courage, de son seu(i)l.

 

Poème fondu 6 août "Un été avec Homère" de Sylvain Tesson, pp.130-131

 

La chair du temps parle des absents,
Les hommes versent l'histoire dans l'oubli,
Le devenir perdu peut-être,
Les hommes lignes franchissent les fleuves, entre l'éphémère et l'éternel.

 

Poème fondu 5 août "Où sont les pas dansants ?" de Domi Bergougnoux, pp. 30-31

 

Être au monde,
Tout petit,
Tout entier de vie,
Se frotter doucement à la surface des heures,
Mains dispersées sous le soleil,
Mots sacrés de silence.

 

Poème fondu 4 août, "A la verticale de soi", de Stéphanie Bodet, pp.136-137

 

Nous ne sommes pas les seuls en haillons,
Les pieds fracassés par le silence,
-Nous abriter-
Tout est paisible dans la forêt de mousse et de secondes,
Le ciel, on le devine est à peine touché.
-Nous abriter-
A l'instant de l'alouette, toucher le sol,
Et sur le contrefort de notre verticale, 
Laisser entendre le matin neuf des jours.

 

Poème fondu 3 août, "Judith et Bizarre" de Benoît Richter, pp. 74-75

A la fin du mois de la mer,
S'écoule le son du temps, celui du comprendre,
C'est la traversée de l'avant vers le moins vite,
La tête escalade l'impression d'être,
Et va dans ce qui veut dire,
En travers du temps.

 

 

Poème fondu 2 août, « Sol et Low » deThomas Suel, pp. 36-37

 

Qu'est-ce que tu fais quand tu n'es pas là ? 
Qu'est-ce qui reste dans chacun de tes aujourd'hui ? 
Qu'est-ce qu'il a à remuer comme ça le jour ? 
Ouvre le tiroir trente fois d'affilée
A l'intérieur, il restera les pourquoi.
Déplace-les dans le longtemps ailleurs
Qu'ils traînent pas comme ça.
Ce n'est pas tous les jours ici.

 

Poème fondu  1eraoût, « L'instant décisif » de Pablo Martin Sanchez, pp.108-109

 

Elle laisse échapper le dire tout en reculant les lèvres, l'inavouable,
Elle se met à préparer le temps d'entendre,
Il y a quelque chose de petit à petit,
Elle pose ses épaules sur l'air de vivre,
Plantées ensemble, ses heures voient le temps,
Imagine la liaison avec le passé,
Seule à le dire
Tendre à la fois.

 

Poème fondu 31 Juillet "La traversée"de Francis Tabouret, pp. 30-31

Les vagues s'élancent à l'embouchure de la terre,
Monte à l'attaque des murs et des brèches
Pilotine le long de ce fleuve des départs,
T'approchant du large jusqu'à te retenir à peine, 

Les nœuds fatiguent les marins.

Poème fondu du 30 Juillet de « N20 », de Jean-Marc Rainsant, pp. 
 

Le rêve adhère au ciment, 
Le son claque au fond,
Condamné par la surface raide.
Est-ce ainsi qu'on coulisse vers le petit lointain ?

 

Poème fondu 29 Juillet " Les saisons et les heures, d’Agathe Rivals, p. 32

 

Redoutable bord de vivre,
Imprononçable absence qu'on se plaît à redire,

Lèche l'écume sur leurs doigts,
Rougis leurs horizons lisses,
Déconcerte leur marche, 
Chante leur terme en t'y plongeant

Lorsque les parcelles de peau se couchent, frissonne le poème.

 

Poème fondu 28 Juillet"Tous les matins du monde"de Pascal Quignard pp. 104-105

 

Descendre
cloison
Souffle
poser
main
Porte
Tout 
commence
Fièvre
poser 
souliers
Pieds
nus
carrelage
fièvre rouge
chercher
souffle
main
rideau
lit
grimper
Regards debout
fermer
les yeux 
bulle
brûle
Prendre robe, chemise
étoffes du dessous
se mettre à quatre pattes en prenant appui sur l'air et l'amour
cuisses
sexes
nus
cris
revenir à la chandelle
légère
Main
porte
cloison
soulier
haut
Yeux 
Fenêtre

 

Poème fondu du 27 Juillet" Le cœur cousu", de Carole martinez,pp. 208-209

Elle souffle sur le tissu de sa chair sculptée par la poussière.
Elle s'agite lentement et reste là dans le sombre de la lumière. Elle est encore muette d'éternité.
Ses yeux redoutent de s'ouvrir dans l'instant.
Le vide face au vide.
La peur face à la peau.
Le regard face au mirage.

 

Poème fondudu 26 Juillet « Pour que le soir te prenne par la main » de Christian Da Silva, pp. 4 et 5

 

Viens, il est l'alangui de midi.
Ma colline t'attend dans l'aube insoumise d'une terre centenaire.
Elle épelle chaque jour ta barque oubliée.
Le soir lèche la lumière du chemin qui ne sait pas encore, qui te fera regarder.

 

 

Poème fondu du 25 Juillet, "Sauf les fleurs", pp. 48 et 49

Elle promène sa peau de guérisseuse.
Elle traverse les pays des visages et recolle les pièces de leurs origines,
Leur ajoute des heures, mine de rien, pour qu'ils jaillissent de leur étroit.
Elle retient leur dune, soutient leurs coeurs humides.
Elle sème la manque qui rappelle l'énergie,
Elle prend sur ses genoux leur peau d'argile pas tout à fait terminée et y enfonce l'idée de vivre.
Demain, elle partira tôt au plus près d'être pour sentir ses bourgeons de loin et conjurer les épines.

 

Poème fondudu 24 Juillet,« De sang et de lumière.", de Laurent Gaudé,  pp. 46-47

L'amour n'a pas de nom.
Il ne naît pas.
Il est.
Il est furieux dans nos chairs. Il gémit d'humanité. Il nous engloutit, nous tremble, et nous devient. 
Voix.
Vacarme. Vacarme de sa marche.
Naît-on plusieurs fois d'amour ? 

On peut glisser d'amour en pleine rue et en crever parfois.
Je me souviens de cela.

 

Poème fondu du 23 Juillet," Il faudra bien te couvrir."d’Howard Buten, pp.

Il est difficile de trouver le passage, du coin de l'œil.
J'ai cherché dans mon ventre, du coin de l'œil.
Je voulais savoir qui, mais rien.
J'ai cherché dans mes paupières sauvages, mais rien.
Je me suis demandée mille questions qui ne valaient rien d'autre que d'espérer.
Et si je me tournais légèrement de côté, serait-ce plus clair de cette façon ?
Il est difficile de trouver le passage.
Je crois qu'il est dans le temps.

 

Poème fondu du 22 Juillet, "Dans la forêt", pp. 220,221

 

Je démêle les noms depuis toute petite.
Ce sont des plantes de foi et de hasard qui peuplent les toujours.
Ils poussent sur les surfaces d'humanité.
Penchés sur l'histoire, ils attendent parfois longtemps pour vivre.

 

Poème fondudu 21 Juillet, "Spinoza encule Hegel" de Jean-Bernard Pouy, pp. 66-67

 

Et dans le petit matin, elle voulut m'entamer sans heurt. Elle ne força pas mes lèvres à sa poursuite. Ses yeux verts jetés sur le périf de mon cœur accéléraient les gémissements de mon attente. Je fixais les conditions tendrement mais en profondeur : on se percute de baisers anormaux, un peu cabossés, mais chargés de feu. On se laisse tomber à l'envers sur des centaines de mètres. On hurle sans rien dire, ventres, hanches, larmes, lèvres en trombes. 
On tire trois coups, et vers midi, on s'allonge avec précautions et on regarde un film d'aventures.

 

Poème fondu du 20 Juillet, "Les demeurées" de Jeanne Benameur, pp. 12,13

Promis, aujourd'hui je cherche un texte "Tagala-tsoin-tsoin" !

Elle sort de sa poche son silence et ses yeux fixes.
Il n'y a rien à l'intérieur qu'une trace rompue aux angles de son esprit.
Elle se heurte immensément au soir.
L'heure n'est pas à l'air.
Elle est une voix qui ne se comble pas.

 

Poème fondu du 19 Juillet, "Le roseau révolté", Anna Berberova pp.60-61

J'ai rencontré une femme d'avant,
Elle m'a emmené hors de la pensée scellée,
Elle allait et venait à travers le jour, sans se précipiter,
Il n'y avait pas de plus tard,
La vie était concevable sans parole,
Elle m'amènerait partout.

 

Poème fondu du 18 Juillet, « La chute des temps » de Gaston Miron, pp. 78-79


Sa langue est le présent du désir.
Un reflet de sa rive dans ton nom.
Mais la langue défait plus qu’elle-même.
Et son écho mange le vide à devenir le rien.
Il ne suffit pas de réparer chaque syllabe d’un adieu.
Il faut que l’ancien de soi-même se lève dans le doute du soir.
Et son pas s’efface.

 

Poème fondu du 17 Juillet, « Elena » de Bernard Manciet pp. 86-87

 

C'est un matin déchiré depuis longtemps.
A peine déchiré.
Mais son visage dérive au point du jour dans la profondeur d'un lentement.
Et toujours tremble de failles sans savoir où.
Le murmure du brouillard goutte dans sa nuit.
Le soleil de l'immense se lasse de ce matin contraire, lacéré de doutes et sans crépitements.
Il ne le suspend plus au coeur de l'aube calme.
C'est un matin déchiré depuis longtemps.
A peine déchiré.
Et pourtant.

 

Poème fondu du 16 Juillet, « La terre nous est étroite » de Mahmoud Darwich pp. 206-207


Un mètre carré de liberté.
Métaphore de septembre.
Les plis du ciel d'automne n'éclairent plus nos champs.
Les miettes du dedans nagent jusqu'à la porte du jour.
Maudite porte.
Au dehors, une voix de blé, cette chanson d'ici-là, s'infiltre.

 

Poème fondu du 15 Juillet, « La garenne », de Jeanne Bourin, pp. 42-43


Maman tourne autour de la brique jaune. Elle assure qu'elle ne voulait pas lui trancher le cou. La tortue, autrefois mince, lui lance ses prunelles d'embonpoint à la tête et observe leur bruit brusque et triomphant.
Maman a le goût du risque et conduit ses chevaux à bride abattue. Elle veut voir cette silhouette pharamineuse les pieds morts, dépassant d'un cercueil jaune.

 

Poème fondu du 14 Juillet, Roberto Zucco de Bernard Marie-Koltès, pp. 51

 

-De travers, l’aube se lève de travers,

-« Morte di dolor », 

-Comme tout le monde petit.

 

 

Poème fondu du 13 Juillet, « Quelqu’un d’autre » de Tonino Benacquista, pp. 148-149

-Triste balle de break, vous ne trouvez pas ?, regretta la fée.

-J’aime beaucoup, réellement, dit sa subalterne. Si je devais décrire ce que je ressens à cet instant :

« Un bon plat de larmes de mariée. »

C’est ma servilité aux petits riens.

-Trop de liesse, c’est pénible.

 

 

Poème fondu du 12 Juillet, « L’homme rapaillé » Gaston Miron, pp. 58-59

 

Désir navire,

Aube d’un pays de démesure,

J’ai les yeux ensoleillés d’existence, 
La tête entêtée des racines du ciel, 

O, toi, chant lointain des saisons, 

Envahis mon cou en friche.

 

 

Poème fondu du 11 Juillet, « Génie la folle », d’Inès Cagnati, p. 20-21


Elle tricotait son histoire d'ombres et de bords de chemin,
Elle caressait mes yeux dans les jours qui touchaient le ciel,
Mais le chagrin.
Je me laissais revenir près d'elle dans sa nuit de forêt,
Je courais d'amour dans ce pays sauvage.
Elle m'aimait de larmes qui n'étaient pas pour moi.

 

Poème fondudu 10 Juillet, « Rayon » de Benoît Richter, chapitre 12 et 13


Tu penches à travers ce matin. 
Et l'arbre plie dans le vent de ton sceptique. (dans ton vent sceptique)
La végétation semble crier de l'intérieur ton regard qui se détache et tombe au ralenti.
Es-tu un événement qui n'arrivera jamais ? 
Tu ne réponds pas ?

 

 

Poème fondu du 9 Juillet : "Les heures creuses" de Véronique Gentil, pp.54-55


Il a neigé l'impossible hier. 
Débris de moments. Débris de bouches.
Combien de gisements de cœur mesurent un trajet ?
Mes mains ont longtemps croisé l'hiver,
Elles vivent à présent là où je suis.

 

 

Poème fondudu 8 Juillet, "L'appel de la route" de Sébastien Jallade, pp. 34-35

 

Il a entrepris la quête de son jour à cet instant.
Il engage sa poésie intime,
Embrasse la chair de ses racines soudaines,
Il est passager de l'inévitable.

 

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